

C'est par ma belle-famille tchèque, mes nombreux voyages à Prague, en Bohème et en Moravie, jusqu’à la tour de Polichka où grandit Martinu, que s’est développée depuis longtemps en moi une véritable passion pour la culture et la musique tchèque. Cette passion s’est d’ailleurs concrétisée par la résidence de l’ensemble Calliopée au Centre culturel tchèque à Paris et de riches manifestations sur ce thème depuis les cycles Dvorak, Janacek et Martinu, jusqu’aux créations contemporaines de Petr Eben, Marek Kopelent, Krystof Maratka, Ondrej Adamek…et de la toute jeune génération de compositeurs tchèques accueillis à Paris grâce à un partenariat avec la Sacem.
Aussi, lorsque j’ouvris pour la première fois la toute fraiche édition du trio H.136 de Martinu, et que les notes jaillirent dans ma tête, je sus très vite qu’il s’agissait d’un chef d’oeuvre, sans doute le premier chef d’oeuvre de Martinu. J’entrevis alors les lueurs d’une aventure musicale hors du commun.
J’appelais Harry Halbreich, l’auteur du catalogue Martinu. Sans hésitation, il s’investit lui aussi dans l’aventure, en écoutant nos répétitions et en illuminant de ses connaissances notre volonté de servir au mieux ce nouveau texte.
Le premier concert à Paris, le 17 janvier 2008 au conservatoire de la rue de Madrid, à quelques rues du studio où vivait Martinu lorsqu’il écrivit son trio, fut une grande émotion et rapidement des personnalités, musiciens et musicologues, professionnels ou amateurs passionnés, nous encouragèrent à poursuivre notre aventure.
Peu à peu, un nouveau projet naquit.
D’abord l’enregistrement d’un CD en première mondiale et la réalisation d’un film retraçant l’histoire de cette découverte et réalisé par notre ami réalisateur de grand talent Olivier Segard, qui avait suivit les premières notes de la partition derrière sa caméra.
Jean-Paul Combet, directeur d’Alpha Productions s’enthousiasma pour cette idée, et programma la sortie d’un double album pour mars 2009, qui fêtera le cinquantenaire de la mort de Martinu.
Puis, en contrepoint naquit l’idée d’une tournée de concerts et d’un important projet pédagogique, notamment au conservatoire de Paris dans le cadre de notre résidence, prolongeant cette aventure faite de générosité et d’enthousiasme.
Je terminerai cette note d’intention en évoquant la mémoire de Guy Erismann, disparu en 2007. L’immense musicologue était aussi le parrain de l’Ensemble Calliopée. Plus que jamais, les mots qu’il écrivit sur Martinu, prennent tout leur sens : « retourner en imagination sur cet homme qui, « le bonheur étant en marche » (Saint Exupéry), alla toute sa vie au-devant de son enfance pour recomposer son âme, comme Sima refaisait l’univers à partir de ses visions cosmiques et parcellaires, comme Nerval se servit de « la réalité comme d’un dictionnaire poétique » pour découvrir tout simplement « que le soir se change en nuit et que la nuit naît le matin où se croisent les parallèles »…
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