

A l’occasion du bicentenaire de la mort de Joseph Haydn, le Trio Hoboken rend hommage au fondateur du trio avec piano en consacrant son nouvel enregistrement à quatre de ses chefs-d’œuvre.
Issus de la même série composée à Londres en 1794, les trios Hob. XV/18, XV/19 et XV/20 sont ainsi associés au trio Hob. XV/31, datant de cette même période londonienne et singulièrement écrit dans la rare tonalité de mi bémol mineur.
Nous avons là une réalisation principalement consacrée à la première des quatre séries de trois trios, chacune publiées à Londres de novembre 1794 à avril 1797. Dédiés à la princesse Maria-Anna Esterhàzy, veuve du prince Anton récemment décédé, les Trios n° 32 à 34 sont les premiers expressément conçus pour des pianos-forte anglais, plus puissants et plus robustes que ceux que Haydn avait connus en Autriche. Fondé en 2003, le Trio Hoboken porte le nom du collectionneur néerlandais auteur du catalogue des œuvres de Haydn, et a déjà enregistré avec bonheur Dvoràk et Smetana. Ses affinités avec Haydn sont aussi évidentes. L’Andante central du Trio en la majeur n° 32 est joué de façon assez allante, ce qui peut se justifier, et son Finale, sorte de « Polonaise à la hongroise », s'impose par son bel élan. Le Trio en sol mineur n° 33 est doté d’un Adagio ma non troppo centré sur la beauté mélodique, celui en si bémol majeur n° 34 est d'une écriture pianistique plus brillante, plus concertante, que les deux précédents. Les Hoboken méritent d'autant plus leur place au soleil que le difficile Trio en mi bémol mineur n° 41 de 1794-1795, se situe - c'est rarement le cas - au plus haut niveau : Andantino initial pris sans presser et d'un magnifique sentiment intérieur, en particulier dans son couplet en si majeur avec solo de violon, Presto assai - intitulé à l'origine Jacob's Dream (Le Rêve de Jacob) - articulé en toute clarté, y compris dans sa conclusion virtuose, périlleuse, bizarre même et transfigurant les idées du début. Ce CD isolé est de ceux dont il faudra désormais tenir compte.
Une bonne sur prise que cette gravure de quatre des magnifiques trios écrits à Londres au milieu des années 1790. Car en dépit d'une rude concurrence, la jeune formation française créée en 2003 s'en tire avec les honneurs. D'abord par ce qu'elle aborde les partitions sans inhibition ni réserve. Difficile de résister à leur enthousiasme dans le finale plus hongrois que nature du Trio n° 32, enlevé avec une maestria débordante de vie et de panache. Dans le même registre, les dernières mesures du grand Andante à variations du 33ème sont menées avec une vélocité étourdissante, qui nous laisse dans une totale euphorie. Pour le reste, Saskia Lethiec, Jérôme Granjon et Renaud Déjardin nous font apprécier un équilibre raffiné entre chaque instrument, un soin attentif à faire chanter les mélodies (serein Andante cantabile du 34ème), une manière de créer un climat détendu mais aussi électrique.
Les applaudissements qui saluent (uniquement) le dernier trio du CD nous font penser qu'il s'agit là d'une de ces prises de son en concert qu'affectionnent les Gambini et leur label (ce que la notice ne précise pas). On pourra chipoter sur les petits décalages du Presto dans le 33ème ou le discours moins coulant du monumental andante ouvrant le 41ème. Le live explique sans doute ces erreurs anodines qui n’occultent en rien la verve et la fraîcheur de l’interprétation.